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Ce qu'on change, et ce qu'on regrette

Aménager une terrasse qui servira vraiment

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J’ai suivi des chantiers de terrasses impeccables, dallage soigné, mobilier assorti, où les propriétaires finissaient par déjeuner sur un coin de balcon parce que la terrasse, elle, cuisait en plein soleil à l’heure du repas. Une terrasse ne se rate pas sur le matériau choisi : elle se rate sur l’orientation qu’on n’a pas prise en compte avant de la construire.

L’exposition décide de l’usage, pas l’inverse

Avant de dessiner une terrasse, la première question n’est pas « quelle taille » mais « à quelle heure sera-t-elle utilisable ». Une terrasse plein sud est en plein soleil dès la mi-journée, agréable au printemps et à l’automne, souvent trop chaude pour y rester en été aux heures où l’on voudrait déjeuner ou dîner dehors. Une terrasse plein ouest reçoit le soleil en fin de journée, ce qui en fait l’emplacement idéal pour un dîner d’été, mais un endroit froid et sombre le matin. Une terrasse plein est profite d’une lumière douce le matin et tombe à l’ombre dès le début d’après-midi.

Ce constat, une fois posé, change complètement la façon de penser l’aménagement : on ne cherche plus à couvrir toute la surface de la même façon, on cherche à prolonger les heures où elle reste utilisable, quelle que soit son orientation de départ.

Ce qui allonge réellement les heures d’usage

Pour une terrasse plein sud, l’aménagement qui change le plus l’usage n’est pas le mobilier mais l’ombre : une pergola, une voile d’ombrage ou une simple treille végétale déplacent l’heure à partir de laquelle la terrasse redevient confortable, parfois de plusieurs heures. Pour une terrasse plein ouest, c’est l’inverse : un pare-vent ou un muret bas contre les vents de fin de journée compte souvent plus qu’une protection solaire.

Pour une terrasse plein nord, rarement ensoleillée directement, l’enjeu se déplace vers l’éclairage du soir et le choix de plantes qui tolèrent l’ombre, plutôt que vers une protection solaire inutile. Pour une exposition mi-ombragée, souvent la plus confortable en été sans aucun aménagement, l’essentiel est de ne pas casser cet équilibre en plantant un arbre qui, une fois développé, la plongerait dans l’ombre toute la journée.

Observer avant de construire, sur plusieurs saisons si possible

L’exposition théorique d’une terrasse, déduite d’un plan ou d’une boussole, ne dit pas tout : elle ne tient pas compte des ombres portées par les bâtiments voisins, une haie mitoyenne ou un arbre déjà planté, qui peuvent réduire de plusieurs heures l’ensoleillement réel d’un emplacement pourtant orienté plein sud sur le papier. Avant de couler une dalle, il vaut la peine d’observer l’emplacement envisagé à différents moments de la journée, si possible à différentes saisons : l’angle du soleil change considérablement entre juin et janvier, et une terrasse ensoleillée toute la journée en plein été peut se retrouver presque entièrement à l’ombre dès l’automne, une fois le soleil plus bas sur l’horizon.

Cette observation directe, même sommaire, évite bien des déceptions qu’aucun plan sur papier ne permet d’anticiper complètement, surtout dans un jardin déjà planté où la végétation environnante évolue d’une année sur l’autre.

Le matériau du sol change aussi l’usage réel

Une fois l’exposition posée, le choix du revêtement de sol vient renforcer ou contredire cette logique d’usage. Une terrasse plein sud recouverte d’un matériau sombre, qui accumule la chaleur toute la journée, reste inconfortable pieds nus bien après que le soleil a quitté la zone, parfois jusqu’en début de soirée. Une terrasse plein nord ou mi-ombragée, à l’inverse, gagne à éviter les matériaux trop clairs qui restent froids et humides plus longtemps après une pluie, faute d’un ensoleillement suffisant pour les sécher rapidement. Ce n’est pas une question de goût esthétique, mais de cohérence entre l’exposition réelle du lieu et le comportement physique du matériau posé dessus.

Avant de construire, vérifier ce qui est autorisé

Selon sa hauteur et sa surface, une terrasse peut relever d’une déclaration préalable de travaux avant construction, une démarche à vérifier auprès de sa commune avant de couler la moindre dalle. Les règles générales concernant les travaux soumis à déclaration préalable rappellent que ce n’est pas seulement l’esthétique qui encadre un projet de terrasse, mais aussi des règles d’urbanisme locales, qui varient d’une commune à l’autre.

Exposition, heures d’usage et aménagement qui les prolonge

Ce tableau résume les grandes orientations et l’aménagement qui change le plus la donne pour chacune, avant même de penser au choix du dallage ou du mobilier.

Exposition Moment de la journée où elle est utilisable Aménagement qui l’allonge
Plein sud Matin et fin d’après-midi, souvent trop chaude en milieu de journée l’été Pergola, voile d’ombrage ou végétation grimpante
Plein ouest Fin d’après-midi et soirée, idéale pour dîner dehors Pare-vent ou muret bas contre les vents de fin de journée
Plein est Matin, avec une ombre qui gagne dès le début d’après-midi Éclairage du soir, mobilier orienté vers la lumière matinale
Plein nord Toute la journée en lumière douce, sans ensoleillement direct Plantations d’ombre, éclairage soigné pour compenser l’absence de soleil
Mi-ombre Une bonne partie de la journée, y compris en été Préserver l’équilibre existant, éviter les plantations qui assombrissent davantage

Le vent, un facteur presque toujours oublié

L’exposition au soleil retient toute l’attention, mais l’exposition au vent mérite tout autant de considération, surtout en bord de mer, en altitude ou dans les configurations où la terrasse se trouve exposée à un couloir d’air entre deux bâtiments. Une terrasse parfaitement orientée pour le soleil peut rester peu utilisée si un courant d’air constant la traverse, un phénomène qui se corrige souvent plus facilement que l’absence de soleil : un muret bas, une claustra ajourée ou une haie basse suffisent à casser l’effet de couloir sans pour autant bloquer la lumière recherchée.

Ce facteur explique aussi pourquoi deux terrasses de la même maison, orientées de façon proche, peuvent offrir un confort très différent selon leur exposition respective aux vents dominants de la région.

Penser l’usage avant le décor

Une fois l’exposition posée et l’aménagement adapté choisi, les questions de matériau, de mobilier et de style peuvent suivre, de la même façon que le choix des finitions d’un chantier intervient toujours après les questions structurelles. Une terrasse pensée pour son exposition sert vraiment, toute la saison ; une terrasse pensée d’abord pour son décor reste souvent belle sur une photo, et vide à l’heure du repas.


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